Après la crise,
on change tout !

L’épidémie de COVID-19 révèle ce qui ne va pas dans le fonctionnement de nos sociétés et rend urgent et vital de penser et d’agir collectivement pour des alternatives radicales dans tous les domaines de la vie. #AprèsLaCrise propose d’y contribuer pour que, après la crise, on ne recommence pas comme avant.

Travail

L’épidémie de Covid-19, le manque dramatique de protection des travailleuses et des travailleurs ainsi que le confinement sans concertation ont mis en lumière des constats déjà documentés depuis longtemps : le monde du travail est, pour l’essentiel, un lieu de dégradation de la santé et de la nature, d’injustice et de domination. Et la démocratie s’arrête à sa porte. Pourtant, ce sont bien les travailleurs et travailleuses – parmi les professions les plus précaires, les moins considérées et les plus mal payées, et surtout des femmes : aide-soignantes, femmes de ménage, caissières, etc. – qui sont aujourd’hui en première ligne pour soigner, éviter la propagation de l’épidémie, et répondre aux besoins essentiels à la vie. Ces simples faits (et bien d’autres encore) rendent urgent de réfléchir aux moyens que les salarié.e.s ne tombent plus malades au travail, soient rémunéré.e.s correctement, ne soient plus méprisé.e.s et exploité.e.s, victimes de la prédation des dirigeant.e.s d’entreprise et des actionnaires. Cela vaut bien sûr aussi pour les chômeurs et chômeuses, les étudiant.e.s, les intérimaires, et tou.te.s les travailleurs et travailleuses précaires qui ont encore moins voix aux chapitre dans les décisions qui les concernent. Pour atteindre ces objectifs, seule la démocratie dans l’entreprise leur permettrait de reprendre la main sur les décisions qui les concernent et qui impactent l’environnement naturel et social dans lequel ils et elles vivent et travaillent. C’est pourquoi il est nécessaire de démocratiser totalement la manière dont nous produisons les biens et les services, et dont nous décidons sur cette production, en vue de préserver la vie humaine et la nature. Nous devons attribuer des pouvoirs de décision démocratique aux travailleuses et travailleurs sur les conditions, l’organisation et les moyens de leur travail et à l’ensemble des habitant.e.s sur les besoins essentiels, les normes environnementales et les finalités du travail. C’est cette exigence démocratique, simple mais radicale, qui oriente les propositions ci-dessous : faire de l’entreprise une institution démocratique, révolutionner la hiérarchie des métiers en fonction de leur utilité sociale, diminuer drastiquement le temps de travail en libérant du temps, pendant et hors du travail, pour la délibération et la décision démocratiques.

Leurs regards sur la situation et les propositions

#1 - Pour que les salarié.e.s décident : faire de l’entreprise une institution démocratique

Pendant le confinement, les travailleurs et travailleuses n’ont pas eu leur mot à dire dans les décisions concernant les mesures de protection et de santé, la fermeture ou la continuité de l’activité dans leur entreprise pendant la période de confinement, les modalités de la poursuite du travail à distance, la réorganisation de leur travail et des chaînes de production, leurs conditions de travail et les finalité de leurs activités, etc. Ce manque de démocratie a eu des effets dramatiques pour la santé des travailleuses et travailleurs, les inégalités et injustices dans le rapport au travail salarié et au travail domestique et éducatif, les conditions de travail et de vie pendant le confinement. La situation actuelle met en lumière ce qui était déjà observable auparavant : quand ce sont les actionnaires, technocrates et dirigeants d’entreprise qui décident, c’est toujours le profit qui prime sur la santé des travailleuses et travailleurs ainsi que l’utilité et la qualité du travail. 

Proposition : Pour que le travail ne mette plus en danger la vie et qu’il soit un lieu d’exercice de la démocratie, il faut révolutionner l’entreprise et en faire une institution démocratique, en accordant le pouvoir de décision exclusivement aux travailleurs et travailleuses concernant les conditions  (par exemple les grilles de salaire dans l’entreprise et les mesures de prévention des accidents et maladies, etc.) et la qualité (par exemple les normes d’un produit ou d’un service) de leur travail ainsi que l’organisation (par exemple l’emploi du temps, les modalités de coopération, etc.) et les moyens de leurs activités (par exemple les outils et logiciels utilisés, les comptes de l’entreprise, etc.) Et pour que le travail réponde enfin aux besoins essentiels de la population ainsi que pour permettre une reconversion écologique de toutes les industries et activités professionnelles, il est urgent de mettre en œuvre de nouvelles institutions rassemblant travailleurs.ses, usager.e.s, habitant.e.s pour décider sur les finalités du travail au niveau des secteurs économiques et des territoires. De telles institutions démocratiques permettraient par exemple à toutes les personnes concernées de décider directement au sujet de la fermeture et de la reconversion de sites industriels polluants, et plus globalement de planifier démocratiquement la révolution sociale et écologique de l’ensemble de nos manières de produire et de vivre.

#2 - Pour révolutionner la hiérarchie des métiers : augmenter les salaires et diminuer le temps de travail en fonction de la pénibilité

Les travailleurs et travailleuses  les plus utiles, dans les métiers “essentiels” et “en première ligne” pour s’occuper de la vie pendant l’épidémie – aide-soignantes, infirmières, caissières, éboueurs.ses, agriculteurs.ices, etc. -, sont souvent des femmes racisées, parmi les plus mal payé.e.s, les plus précaires, les plus exposé.e.s à la pénibilité et aux accidents du travail, les moins reconnu.e.s socialement, les moins entendu.e.s au niveau des décisions de politique générale. C’est le cas notamment des activités liées au soin, dont la dévalorisation est directement liée au fait qu’elles sont traditionnellement assignées aux femmes. Cela ne peut plus durer, c’est injuste, discriminatoire et absurde. 

Proposition : Il faut créer massivement des postes dans ces secteurs essentiels à la vie mais aussi revaloriser radicalement les métiers les plus utiles, avec une hausse drastique des salaires et des conventions de branche garantissant des salaires élevés, des droits et conditions de travail de haute qualité. La notion de pénibilité (par métiers) doit être prise en compte non seulement pour l’âge de départ à la retraite mais aussi terme de temps de travail (par exemple un temps partiel payé à temps plein dans les métiers pénibles) et d’une manière non sexiste, en prenant en compte aussi la pénibilité liée à l’implication émotionnelle dans les activités de soin des personnes, par exemple. Le salaire minimum doit être massivement augmenté pour permettre à toutes et tous de bénéficier de conditions de vie dignes, les hauts salaires doivent être plafonnés par la loi, et les inégalités de salaire entre hommes et femmes, ainsi que les discriminations sexistes et racistes à l’embauche ou dans l’organisation et la division du travail, doivent être interdites. Tant qu’il existera des différences de salaire, celles-ci doivent être liées à l’utilité sociale des métiers, et ce critère doit être lui-même défini de manière démocratique.

#3 - Pour disposer d’un temps libre et démocratique : réduire drastiquement le temps de travail et augmenter le temps de décision collective dans le travail

La période du confinement a révélé pour certain.e.s le conflit entre le temps du travail, le temps de travail domestique, d’éducation, pour s’occuper de la famille, pour des activités socialement utiles, etc. Elle a montré l’absurdité d’un système de chômage de masse où il manque des travailleurs.ses dans des secteurs essentiels. Elle a rappelé la très inégale répartition du  temps de travail gratuit, socialement assigné aux femmes, consacré au travail domestique, au soin aux personnes âgés et dépendantes. Elle a montré aussi qu’il fallait, au sein du temps de travail, prévoir beaucoup plus de temps pour que les travailleuses et les travailleurs délibèrent et décident – par exemple sur les conditions de santé et de sécurité au travail. Elle a manifesté enfin que la réduction des activités industrielles et du transport vers le travail diminuait drastiquement la pollution atmosphérique et était nécessaire pour protéger l’environnement. 

Proposition : Pour que toutes et tous aient un emploi, pour libérer du temps collectif, familial, politique, du temps de loisir et de repos, le temps de travail légal devrait être réduit à 20h par semaine pour toutes et tous. Pour que le travail soit aussi un moment et un lieu d’exercice de la démocratie, des temps importants de formation, de délibération et de décision devraient être prévus, organisés et comptabilités dans le temps de travail. Ainsi, par exemple, dans une semaine de 20h de travail, dix heures pourraient être prévues pour son métier principal, huit heures pour se former, délibérer et décider collectivement, et deux heures pour une activité locale utile à la collectivité. Cette nouvelle organisation du travail libérerait aussi du temps hors travail, indispensable à l’émancipation individuelle et collective. Mais pour cela, il est nécessaire de socialiser et de répartir de manière égalitaire, entre hommes et femmes, le temps consacré au travail domestique et de soin. Enfin, pour garantir l’égalité de participation à l’exercice de la démocratie, dans et en dehors du temps de l’entreprise, il faut instaurer un droit au travail, considéré comme un droit politique fondamental pour tou.te.s les habitant.e.s – à qui l’ensemble des droits sociaux permettant de satisfaire les besoins essentiels doit être attribué sans condition.

 

Depuis longtemps, beaucoup alertent sur les défaillances du système économique actuel. L’épidémie de COVID-19 a mis en évidence des problèmes de manière encore plus évidente, en particulier liés au monde du travail. Travailleuses et travailleurs réquisitionnés sans protection, importance des métiers mal payés et aux conditions de travail difficiles, c’est tout ce système qu’il faut revoir.

Ci-dessous, quelques exemples.

Les caissières

Comme d’autres professions, les caissières sont en première ligne face à l’épidémie de COVID-19.  Souvent sans protections. Avec d’autres, elles font pourtant partie des métiers les plus mal rémunérés et aux conditions de travail les plus dures. Après la crise, on change tout !

Cliquez ici pour en savoir plus

Les infirmières

Aide-soignantes, infirmières, soignantes de proximité, à l’hôpital ou dans les EHPAD : en grande majorité des femmes, elles sont aujourd’hui en première ligne pour sauver des vies et s’occuper des malades et personnes fragiles, mais aussi pour s’exposer au coronavirus, parfois sans les protections et moyens nécessaires. Elles sont applaudies tous les soirs à 20h, et pourtant, leurs salaires sont bas, leurs conditions de travail pénibles, et leurs revendications et luttes (notamment depuis 2018) ne sont pas entendues par les institutions. Après la crise, on change tout !

Cliquez ici pour en savoir plus

Les livreurs

Sans contrat de travail, les livreurs n’ont aucune sécurité de l’emploi. Pas le droit au chômage partiel, pas de congé maladie, et pas de protections face au COVID-19. Avec d’autres, ils font pourtant partie des métiers les plus mal rémunérés et aux conditions de travail les plus dures. Après la crise, on change tout !

Cliquez ici pour en savoir plus

Les employé.e.s d’Amazon

Dans les entrepôts d’Amazon, aucune mesure n’est prise pour protéger la santé des salarié.e.s qui s’exposent chaque jour au virus et mettent en danger leurs familles ; et l’entreprise pénalise les travailleurs.euses qui exercent leur droit de retrait  ! Quand malgré les intimidations les salarié.e.s refusent d’aller s’entasser dans ses entrepôts, la société fait massivement appel à des intérimaires que l’on menace de ne jamais renouveler leur mission s’ils se plaignent des conditions de travail. En revanche, l’entreprise enregistre des chiffres d’affaire inégalés et s’en félicite ! Laisser la décision aux patrons, c’est donner la priorité aux profits, pas à la santé des salarié.e.s : #aprèslacrise, les travailleurs.euses doivent décider eux-mêmes ! 

Cliquez ici pour en savoir plus

Les éboueurs

Dans les entrepôts d’Amazon, aucune mesure n’est prise pour protéger la santé des salarié.e.s qui s’exposent chaque jour au virus et mettent en danger leurs familles ; et l’entreprise pénalise les travailleurs.euses qui exercent leur droit de retrait  ! Quand malgré les intimidations les salarié.e.s refusent d’aller s’entasser dans ses entrepôts, la société fait massivement appel à des intérimaires que l’on menace de ne jamais renouveler leur mission s’ils se plaignent des conditions de travail. En revanche, l’entreprise enregistre des chiffres d’affaire inégalés et s’en félicite ! Laisser la décision aux patrons, c’est donner la priorité aux profits, pas à la santé des salarié.e.s : #aprèslacrise, les travailleurs.euses doivent décider eux-mêmes ! 

Cliquez ici pour en savoir plus