Après la crise,
on change tout !

L’épidémie de COVID-19 révèle ce qui ne va pas dans le fonctionnement de nos sociétés et rend urgent et vital de penser et d’agir collectivement pour des alternatives radicales dans tous les domaines de la vie. #AprèsLaCrise propose d’y contribuer pour que, après la crise, on ne recommence pas comme avant.

Droits / Libertés

Face à la pandémie de Covid-19, les États ont déployé diverses stratégies. Dans la continuité d’une dérive autoritaire à l’œuvre depuis des années, l’État français a choisi une stratégie sécuritaire fondée sur le déploiement massif de la police pour contrôler les déplacements de la population. Résultat : les violences policières se multiplient et engendrent des révoltes dans les quartiers populaires qui n’en peuvent plus de subir la répression. Les prisonniers, qu’ils soient en prison ou en centre de rétention, ainsi que les sans-papiers, subissent également de plein fouet l’incapacité de l’État à sortir de sa logique punitive. Alors que le Portugal a entamé une vague de régularisations des sans-papiers, que le défenseur des droits réclame la fermeture des Centres de rétention administratifs et que les prisons devraient être largement vidées pour des raisons sanitaires, l’État français, englué dans une gestion sécuritaire de la crise, maintient ces populations dans des conditions sanitaires indignes et prend le risque de créer d’importants foyers épidémiques. Ainsi, que cela soit de manière immédiate par les violences policières, ou indirectement via la création de foyers épidémiques, la gestion autoritaire de la crise sanitaire tue. Il est temps de changer de cap. Nous proposons des mesures immédiatement applicables qui permettraient de sauver des vie dès à présent et d’en finir avec le tout répressif à la française.

Leurs regards sur la situation et les propositions

#1 - Pour en finir avec les violences policières : une police du quotidien désarmée et contrôlée démocratiquement par la population

Pendant le confinement, les contrôles abusifs et au faciès et les violences policières se sont multipliées. Le 19 mars, à Aubervilliers,  Ramatoulaye, jeune maman de 19 ans, reçoit des coups de taser alors qu’elle revient de ses  courses avec son petit frère pour nourrir son bébé. Le 24 mars, Sofiane, agent logistique se rendant à son travail, est tabassé par des policiers aux Ulis. Le 10 avril un homme meurt à Bézier suite à un contrôle. Ces exemples n’ont rien d’exceptionnel. La police est utilisée par l’État comme un moyen de répression. Les quartiers populaires sont depuis longtemps marqués par les violences policières. Le mouvement des gilets jaunes a fait éclater au grand jour le modèle français de la police fondé sur la violence. Le confinement n’a fait que renforcer ces pratiques. Le 18 avril à Villeneuve-la-Garenne, une voiture de police déclenche un accident de moto. Un jeune de 30 ans est blessé. Des révoltes éclatent dans de nombreux quartiers populaires partout en France. Le confinement n’a fait qu’accentuer et rendre encore plus insupportables des pratiques existantes depuis longtemps. Il est temps de tout changer. 

Proposition : Remplacer la police telle qu’elle existe actuellement par une police du quotidien, désarmée, sous contrôle de la population. De nombreux pays en Europe comme l’Angleterre, l’Allemagne ou certains pays scandinaves ont fait le choix d’une police dont l’objectif est la désescalade de la violence. Si de telles doctrines de maintien de l’ordre ont montré qu’il était possible de réduire drastiquement les violences policières, il est nécessaire d’aller bien plus loin en re-définissant radicalement sa formation et ses missions. En cas de phénomènes plus graves, des corps d’intervention pourront être appelés en renfort. Les interventions tant de la police du quotidien que des corps d’intervention seront soumis à un contrôle démocratiques via des jurys populaires composées de citoyens, d’élu-e-s locaux, des responsables associatifs…. L’IGPN, qui a montré que son seul rôle était de couvrir les violences policières, doit être dissoute.

#2 - Pour l’égalité de toutes et tous sur le territoire français : régularisation des sans-papiers et fermeture des centres de rétention administratifs

La crise sanitaire que nous traversons a montré à quel point les inégalités sociales jouent dans l’accès à une bonne santé. Les sans-abris, les mal-logés, les salariés précaires sont particulièrement exposés aux conséquences du virus tant sur le plan sanitaire qu’économique. Dans les camps de migrant-e-s, comme à Calais, le virus se répand à grande vitesse. De  nombreux sans-papiers vivent dans des squats insalubres et surpeuplés, tels les Baras à Aubervilliers qui vivent à 150 entre quatre murs avec une seule douche. La peur du virus est omniprésente, le confinement est insoutenable et les gestes barrières évidemment impossibles à respecter. En plus de la peur de la maladie, s’ajoute le renforcement de la détresse économique. Sans papiers et donc sans droits, ils n’ont plus accès au marché du travail et l’État ne leur fournit aucune aide. 

Pour les sans-papiers prisonnier-e-s en centres de rétentions et dans l’attente de leur expulsion, les conditions de vie sont inhumaines. A l’insalubrité , la promiscuité et les violences s’ajoutent aujourd’hui la peur du COVID-19. Situation si déplorable que le défenseur des droits a demandé la fermeture pure et simple des centres de rétention. 

Proposition : Régularisation de tous les sans-papiers sur le territoire afin qu’ils puissent travailler sans restriction de secteurs d’activité, qu’ils aient accès immédiatement aux aides de l’État ainsi qu’au service public de la santé et qu’ils puissent participer à toutes les élections locales. Fermeture de l’ensemble des centres de rétention administrative. Obtention de la nationalité française pour celles et ceux qui le souhaitent.

#3 - Pour garantir la dignité des personnes condamnées : faire de la la prison un recours très exceptionnel

Dans l’ensemble des pays touchés par le COVID19, les prisons ont connu des mutineries. La France ne fait pas exception. Et pour cause, les conditions sanitaires déplorables, la surpopulation, la suppression des visites qui créent un isolement encore plus fort rendent la détention insupportable. La crise du covid-19 révèle les traitements inhumains que subissent les prisonniers en temps normal, qui ne sont qu’aggravés en cette période. Si la situation est telle, c’est que la France a basculé peu à peu dans le tout pénitencier. Le nombre de places de prison a augmenté. Entre le 1er janvier 1990 et le 1er décembre 2019, 24 265 places nettes de prison ont été mises en service (36 815 en 1990, contre 61 080 en décembre 2019) soit presque un doublement des places. La création de toutes ces places n’empêche pas la surpopulation carcérale qui est de 116% en moyenne et de 138% pour les maisons d’arrêt. Par ailleurs, on sait à quel point ce sont les quartiers populaires et les personnes racisées qui remplissent les prisons du fait d’une gestion judiciaire et carcérale de la misère et du racisme d’État (44 % des personnes détenues n’ont aucun diplôme; plus de 80% ont un niveau inférieur au baccalauréat ; un quart ont des besoins importants dans la maîtrise des savoirs de base; 10% sont en situation d’illettrisme et plus de la moitié sont sans emploi avant l’incarcération).

Proposition : Faire de la prison une solution exceptionnelle. Pour cela, il faut vider de manière massive les prisons et garantir un logement et un revenu aux personnes qui en sortent. De plus, il faut revoir l’échelle et les modalités des peines afin que le recours à la prison devienne exceptionnel. Finalement, il faut réduire le nombre de place de prisons et s’assurer que les conditions de détention soient dignes avec un nombre de m² par personne suffisant, l’arrêt des violences et des discriminations et la garantie des droits et libertés fondamentaux pour toutes et tous.

Depuis longtemps, beaucoup alertent sur les défaillances du système économique actuel. L’épidémie de COVID-19 a mis en évidence des problèmes de manière encore plus évidente, en particulier liés au monde du travail. Travailleuses et travailleurs réquisitionnés sans protection, importance des métiers mal payés et aux conditions de travail difficiles, c’est tout ce système qu’il faut revoir.

Ci-dessous, quelques exemples.

La police

Les images de violences policières dans les quartiers sont nombreuses depuis le début du confinement. Mais les policiers n’ont pas attendu la crise du COVID-19 pour humilier, frapper et tuer, en particulier dans les quartiers populaires.

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La prison

La surpopulation carcérale et la privation des droits en prison font le bonheur du COVID-19 qui va tuer impunément. Mais la situation dans les prisons et les centres de détention (CRA) est problématique toute l’année…

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